S.F.X. N°228
Édito
Star Wars a longtemps été LE film-événement de l’année, celui qu’on attendait des mois durant et qu’on commentait le lundi à la machine à café. Alors il y a quelque chose de vertigineux à voir la plus grande franchise du cinéma se faire humilier par deux gamins de YouTube. C’est pourtant bien ce qui s’est produit ce printemps : The Mandalorian and Grogu, mastodonte à 165 millions de dollars, s’est fait souffler la vedette par Obsession et Backrooms, deux films d’horreur fauchés réalisés par des inconnus de vingt ans. Le nouveau Star Wars, lui, signe le pire score de la saga depuis le début de l’ère Disney. Et le plus troublant, c’est qu’il ne s’agit pas d’un mauvais film : le public l’a même plutôt bien accueilli. Alors, comment en est-on arrivé là ?
La cause de ce désamour a un nom : la lassitude. Ce qui faisait la force de la saga, c’était précisément sa rareté : chaque film était un événement, une date entourée sur le calendrier, qu’on attendait pendant des années. Une logique que Disney a balayée en alignant pas moins de cinq films en l’espace de cinq ans ! De quoi saturer les fans, au point que les recettes ont fondu de moitié entre le premier et le dernier volet de la trilogie. Et l’overdose s’est prolongée sur Disney+, avec des séries à n’en plus finir et de qualité très inégale, jusqu’à banaliser complètement la marque Star Wars. Sans surprise, le studio a commis simultanément la même erreur stratégique avec les superhéros Marvel, dont l’omniprésence a elle aussi fini par lasser. Deux sagas-monstres que l’on croyait inoxydables, et que l’appât du gain aura placées en état de mort cérébrale.
S’ajoute une érosion plus profonde : celle de la confiance. La troisième trilogie s’est achevée sur une trahison artistique que beaucoup de fans n’ont jamais digérée. Dans ce climat, sortir un film tiré d’une série qui n’apporte rien à la mythologie ne pouvait pas faire recette. Faute d’un vrai enjeu — pas de Force, pas de Jedi, pas de sabre laser, pas de souffle épique —, le film a donné l’impression d’un gros épisode de luxe, sans le moindre arc dramatique, ni pour Mando ni pour Grogu. Une simple mission de plus pour le duo, et qu’on pourra très bientôt regarder tranquillement sur Disney+. Personne ne l’avait réclamé, personne ne l’attendait vraiment.
Mais le plus révélateur est ailleurs. Que des films originaux à micro-budget soient capables de battre un titan de la pop culture en dit long sur l’époque : le jeune public a soif de nouveauté, pas de nostalgie recyclée, et ne suit plus une marque par simple réflexe. Star Wars a forgé une part de notre imaginaire cinématographique ; le voir se réduire à un produit d’appel interchangeable a quelque chose de profondément triste. Ce n’est pas la franchise qui est morte — le merchandising se porte à merveille —, c’est son statut d’événement. À force de vouloir rentabiliser sa licence à tout prix, Disney aura peut-être fini par tuer une légende.
ALAIN BIELIK
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