S.F.X. N°229
ÉDITO
Dix-huit ans. Voilà l’âge du MCU depuis la sortie d’Iron Man, en 2008. Autrement dit, une génération entière ! Petit calcul vertigineux : Iron Man est aujourd’hui plus proche de Terminator 2 ou de Batman : Le Défi que d’Avengers : Doomsday. Les ados qui découvraient Tony Stark en salle y emmènent désormais leurs enfants… quand ils parviennent à les décrocher de TikTok.
Rendons à Marvel ce qui lui appartient. Le studio n’a pas inventé l’univers partagé (Universal faisait déjà se croiser Frankenstein, Dracula et le Loup-Garou dans les années 40), mais il l’a porté à une échelle industrielle : deux à trois films par an, tous interconnectés, pendant des années. Une prouesse sans précédent dans l’histoire d’Hollywood, qui vaudrait bien un Oscar d’honneur au producteur Kevin Feige. Tous les studios concurrents en ont rêvé, aucun n’y est parvenu.
Doomsday, attendu le 16 décembre, arrive donc à la croisée des chemins : il peut relancer le MCU… ou le condamner. Et les signaux sont inquiétants. Depuis Endgame, les plus gros succès de la galaxie Marvel s’appellent Spider-Man et Deadpool & Wolverine, deux sagas indépendantes restées à l’écart des grands enjeux du MCU. Les autres films récents plafonnent pour la plupart autour de 400 millions de dollars de recettes, un score qui aurait déclenché une cellule de crise avant Endgame. Aujourd’hui, le public se déplace pour des personnages, plus pour un univers. Le grand fil rouge qui faisait la force du MCU est devenu un fardeau. Or, Doomsday est précisément le film où tous ces fils convergent…
On comptait les jours avant Infinity War et Endgame. Doomsday ? Pas vraiment. Son méchant, le Docteur Doom, reste un inconnu pour le grand public – même avec Robert Downey Jr. sous le masque, un choix qui sème plus la confusion qu’autre chose. Rappelons que Thanos avait eu six ans pour soigner son entrée. Quant aux nouveaux héros, Thunderbolts et Quatre Fantastiques en tête, ils n’ont eu droit qu’à un seul film chacun. Pas le temps de devenir les chouchous du public. On ne s’attache pas à une équipe en deux heures…
Plus troublant encore : le retour en force des vieilles gloires. Chris Evans en Steve Rogers, et les X-Men version années 2000, Patrick Stewart (86 ans) et Ian McKellen (87 ans) en tête. Il y a vingt ans, X-Men : L’Affrontement final les rajeunissait numériquement pour nous bluffer ; aujourd’hui, c’est Marvel qui compte sur eux pour rajeunir son image ! Comment ne pas y voir un aveu de manque de confiance envers les Avengers actuels ? Et les jeunes spectateurs ont-ils vraiment envie de voir des super-héros octogénaires ?
Certes, les frères Russo sont de retour aux commandes, et le succès commercial semble assuré. Mais Doomsday doit prouver que le MCU suscite encore du désir, et réussir le passage de relais vers la génération suivante, X-Men en tête. Le 16 décembre, ce ne sont pas seulement les Avengers qui affronteront la fin du monde. C’est le MCU lui-même.
ALAIN BIELIK
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